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Les plateformes trient la musique générée par IA — ce qui bloque, et ce qui passe

En 2026, un morceau sorti tel quel d’un générateur peut être refusé à la distribution, écarté des recommandations ou démonétisé. Le motif n’est presque jamais technique. Voici ce que les plateformes regardent vraiment, et ce qu’on peut y changer.

Le tri a commencé, et il est écrit

Pendant deux ans, tout passait. Ce n’est plus le cas. Entre 2025 et 2026, distributeurs et plateformes d’écoute ont posé des règles publiques, et ils les appliquent à l’entrée. Le tableau ci-dessous résume ce que chacun annonce à la date de cette page.

Un point mérite d’être noté tout de suite, parce qu’il surprend : ces règles ne portent pas toutes sur la même chose. Certaines visent la musique générée par IA en général. D’autres visent l’outil qui l’a produite, indépendamment du résultat.

PlateformeCe qu’elle annonce
CD Baby Ne distribue pas de contenu généré par IA. Ce qui est identifié comme tel est retiré de la distribution, et la répétition peut mettre fin à la relation commerciale. Les outils d’IA de production — mastering, mixage, séparation de pistes — restent admis dès lors que la composition et l’interprétation sont humaines.
TuneCore / Believe Ne distribue pas les titres produits sur une plateforme non licenciée : depuis le 30 avril 2026, les morceaux issus de Suno sont bloqués dès le dépôt, une détection identifiant le modèle d’origine. Les plateformes sous licence — Udio, ElevenLabs — sont acceptées. Reste distribuable, par ailleurs, un morceau où l’IA a servi d’outil mais dont le résultat relève d’une contribution créative humaine significative.
DistroKid Accepte la musique assistée par IA à trois conditions : détenir tous les droits, déclarer l’usage de l’IA au moment du dépôt, et ne recourir ni au clonage de voix ni au dépôt de masse.
Deezer Détecte, étiquette et exclut les titres entièrement générés par IA de ses recommandations algorithmiques et de ses playlists éditoriales. Depuis juin 2026, l’étiquette est visible par l’auditeur.
Spotify Ne déclasse pas un morceau au motif qu’il est assisté par IA, mais impose une déclaration au standard DDEX, affichée dans les crédits, et retire massivement les dépôts de spam ainsi que les clonages de voix non autorisés.

Règles relevées le 20 août 2026 dans les annonces publiques et les centres d’aide de chaque acteur. Elles changent vite : vérifiez-les avant de payer un dépôt.

L’ordre de grandeur, pour situer

Deezer publie ses mesures, et elles disent l’essentiel. En juin 2026, les titres entièrement générés par IA ont dépassé la moitié des nouveaux dépôts quotidiens sur la plateforme — de l’ordre de 90 000 morceaux par jour.

Ces mêmes titres représentent entre 1 et 3 % des écoutes. L’écart n’a rien de mystérieux : écartés des recommandations et des playlists, ils ne rencontrent personne. Et sur ce qui reste, jusqu’à 85 % des écoutes ont été identifiées comme frauduleuses en 2025, puis retirées du calcul des redevances.

Sur Deezer, juin 2026

plus de 50 %

des dépôts quotidiens sont entièrement générés par IA

1 à 3 %

des écoutes vont à ces mêmes titres

Déposer n’est pas être écouté. Un catalogue écarté des recommandations reste invisible, quel que soit son volume.

Le critère n’est pas le format du fichier

C’est le point que nous voulons écrire noir sur blanc, parce qu’il circule beaucoup d’âneries à ce sujet.

Aucune plateforme ne demande par quels formats votre musique est passée. Personne ne cherche s’il y a eu un fichier MIDI quelque part dans la chaîne. Ce qui est examiné, c’est l’origine du morceau et la part de travail humain qu’il porte. TuneCore parle de contribution créative humaine significative ; CD Baby exige une composition et une interprétation humaines ; le droit d’auteur, lui, ne connaît pas d’œuvre sans auteur humain.

Autrement dit : convertir un fichier ne change rien. Refaire le travail, si.

Ce qui est jugé, c’est l’œuvre, pas le fichier. Passer un audio en MIDI ne transforme pas une génération en composition. Ce que le MIDI permet, c’est de reprendre la main dessus — réécrire, ré-arranger, rejouer — et c’est ce travail-là, pas la conversion, qui fait la différence.

Ce que nous ne ferons pas

Il existe des services qui promettent de rendre une production IA « indétectable ». Nous n’en sommes pas, et cette page ne vous expliquera pas comment tromper un filtre.

Pour deux raisons. La première est terre à terre : ça ne tient pas. Les détections en place s’annoncent autour de 99 % de fiabilité pour identifier le modèle d’origine, et un compte pris en défaut est fermé. La seconde compte davantage : déclarer faussement l’origine d’un morceau, c’est mentir dans un contrat qu’on signe. Nous ne vendons pas ça.

Ce que le MIDI change réellement

Un fichier audio est un bloc fermé. Vous pouvez le couper, le filtrer, le remixer — vous ne pouvez pas en changer un accord, déplacer une note, remplacer un instrument, ni le faire jouer par quelqu’un. Tout ce que vous ajoutez se pose par-dessus ; en dessous, la génération reste intacte.

Un fichier MIDI ne contient aucun son : il contient la description de la musique. Quelle note, à quel instant, pendant combien de temps, avec quelle force, sur quel instrument. Ouvert dans un séquenceur, tout y est modifiable, sans perte et sans cicatrice.

C’est ce qui permet de passer d’une sortie de générateur à une œuvre dont vous êtes l’auteur : vous gardez ce qui vous a plu, vous jetez le reste, vous écrivez ce qui manque, vous le faites jouer. À l’arrivée, ce n’est plus le morceau de la machine avec vos retouches — c’est le vôtre, né d’une idée qu’elle a proposée.

La chaîne, et où se situe votre travail

Génération

Une sortie audio. Pas d’auteur humain, donc pas de droit d’auteur — et un blocage possible à la distribution.

Relevé en MIDI

La musique redevient modifiable, piste par piste. Un travail humain, daté et vérifiable.

Votre œuvre

Réécrite, ré-arrangée, rejouée. C’est là que naît la part humaine que les plateformes exigent.

Le maillon du milieu ne suffit pas à lui seul. C’est celui qui rend le troisième possible.

Concrètement, une fois en MIDI

Et dans tous les cas : déclarez

Ajouter une part humaine ne dispense de rien. Si une IA est intervenue dans votre morceau, la plupart des plateformes demandent que ce soit dit, et Spotify a adopté pour cela un standard commun, le DDEX, dont la mention apparaît dans les crédits.

Déclarer ne pénalise pas : Spotify indique ne pas déclasser un titre au motif qu’il est assisté par IA. Ne pas déclarer, en revanche, c’est ce qui fait retirer un morceau.

Ce que nous faisons, nous

Nous relevons la musique à l’oreille, note à note, à la main, depuis 1992. Any Music to MIDI — no A.I.

Vous nous envoyez votre fichier audio, quelle qu’en soit l’origine, et nous vous le rendons en MIDI multipiste : un instrument par piste, un fichier MIDI par piste sans supplément, les formats GM-0, XG et GS, la batterie séparée instrument par instrument, l’audio et la partition PDF. À partir de là, le travail est le vôtre.

Questions fréquentes

Puis-je distribuer un morceau généré par IA en le convertissant en MIDI ?

Non, pas si vous vous arrêtez là. La conversion ne change pas l’origine du morceau, et ce n’est pas le format que les plateformes examinent. Le MIDI est utile parce qu’il rend la musique modifiable : c’est le travail accompli ensuite — réécriture, arrangement, interprétation — qui constitue la part humaine attendue. Et l’usage de l’IA reste à déclarer.

Quel distributeur est le plus strict ?

CD Baby, qui annonce ne pas distribuer de contenu généré par IA. TuneCore et Believe bloquent pour leur part les titres issus de plateformes non licenciées : les morceaux faits sur Suno sont refusés au dépôt depuis le 30 avril 2026. DistroKid accepte l’IA sous condition de droits et de déclaration. Ces règles évoluent vite : vérifiez-les auprès du distributeur avant de payer un dépôt.

Pourquoi mes titres générés par IA ne sont-ils jamais écoutés ?

Sans doute parce qu’ils sont étiquetés. Deezer exclut les titres détectés comme entièrement générés par IA de ses recommandations algorithmiques et de ses playlists éditoriales. C’est ce qui explique qu’ils dépassent la moitié des dépôts quotidiens tout en ne pesant que 1 à 3 % des écoutes.

Combien de travail humain faut-il ajouter ?

Aucun distributeur ne publie de seuil chiffré, et TuneCore reconnaît ne pas définir la limite. Il n’existe donc pas de réponse mécanique. Le raisonnement utile est celui du droit d’auteur : ce qui est protégé, ce sont vos choix — la structure, l’harmonie, l’arrangement, le texte, l’interprétation. Plus votre morceau final doit à ces choix et moins il doit à la sortie brute, plus vous êtes du bon côté.

Est-ce que vous rendez une production IA indétectable ?

Non, et nous ne le proposerons pas. Les détecteurs annoncent une fiabilité de l’ordre de 99 % pour identifier le modèle d’origine, un compte pris en défaut est fermé, et déclarer faussement l’origine d’un morceau revient à mentir dans un contrat. Notre travail est de vous rendre votre musique sous une forme modifiable, pas de masquer quoi que ce soit.

Sources

Cette page n’est pas un conseil juridique. Les règles citées sont celles publiées par chaque plateforme au 20 août 2026 et peuvent changer sans préavis. Vérifiez-les auprès de votre distributeur.

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